D'où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ?

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21122010

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D'où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ?




Je ne sais pas si vous avez lu ce bouquin : Pourquoi j'ai mangé mon père - Roy Lewis. Il fait partie de mon monde intérieur depuis un bail même si ma vie est aux antipodes des études historiques ou préhistoriques.

Ce n'est pas que ça ne m'a jamais intéressé mais d'une part je n'en vois pas l'utilité pour gérer mon quotidien et d'autre part toute ma scolarité m'a semblé être basée sur une méticuleuse volonté de dégouter tout auditoire potentiel de la vraie vie, les enfants étant une proie de choix pour ça puisqu'ils ne peuvent pas se défendre et n'ont pas le droit de sortir de la salle de classe quand ils s'emmerdent.

J'ai toujours détesté les histoires de rois, reines, empereurs, conquérants, intrigants, politiciens, gens de hautes et basses cours, les dates des guerres, des sacres, des mariages forcés et autres mauvaises séries B à la Dallas.

Pourquoi aurais-je du m'enfader l'histoire de familles qui n'appartiennent même pas à mon monde alors que je ne connais même pas celle de la mienne ?

Je n'ai jamais accepté que l'enseignement de l'histoire soit résumé à l'apprentissage des péripéties de ces gens riches qui jouent avec les affaires et la vie des autres pour leur plus grand bien personnel. J'ai toujours détesté ça et je déteste toujours. La politique m'emmerde conceptuellement avant de m'emmerder physiquement.

Je me souviens d'avoir posé la question qui tue à l'un de mes profs d'histoire-géo, bien avant le BEPC : Pourquoi ne nous enseigne-t-on jamais comment la majorité des gens vivait son quotidien ? Quelles étaient leurs craintes, menaces et espoirs majeurs ? Comment s'organisaient leurs journées, leurs semaines, si c'était des semaines de 7 jours avec ou sans dimanche, comment ils s'approvisionnaient et avec quoi, comment ils s'habillaient, cuisinaient, se soignaient, éduquaient leurs enfants, fabriquaient leurs maisons, se déplaçaient, leurs outils, etc. ? Là, ça m'intéresserait forcément plus.

Il en était effectivement resté coi avant de me sortir la traditionnelle et servile trop bonne excuse des "programmes officiels". J'en étais retourné près de la fenêtre à ma pluriannuelle sieste d'ennui, celle dont je ne suis sorti, avec soulagement, qu'en quittant l'école. J'en ai toujours la nausée rétrospectivement et elle est très forte, presque équivalente à celle que m'induit l'actuelle bulle dorée de Tarahoi, ce qui n'est pas peu dire.

La préhistoire m'a tout de suite beaucoup plus branché puisqu'il ne reste aucune trace de ce qui fondamentalement m'emmerde dans l'histoire : Il ne reste rien des noms et péripéties personnelles des éventuels despotes et notables d'avant l'écriture. Bon, ces détails sont un peu démodés, ok, l'homme de la préhistoire ne connaissait pas le clavier, l'allumage électronique, les agios, le Xanax, le briquet jetable, le mixer, la Nitendo, la télé, la machine à laver, le vini, les spam et le 357 Magnum, ok mais c'est intéressant justement pour ça : Ils ont fait sans, et y ont très bien réussi puisqu'on est là. Donc on pourrait élaguer pas mal sans trop de problèmes.

Une autre raison qui me l'a fait tout de suite plus apprécier est qu'elle commence il y a environ 300.000 ans, à quelques millénaires près, et s'achève le 1er janvier 30.000 avant JC, à quelques siècles près clown. Il n'y a donc aucun besoin d'ajouter 2000 ans aux dates pour les avoir par rapport à nous maintenant. C'est plus reposant pour évaluer la distance.

Je sais bien que mettre la référence zéro sur aujourd'hui est problématique puisque ça ne tient que 24 heures mais tout baser sur 2000 ans avant nous crée de la confusion sur la période qui commence à nous sembler préhistorique, celle entre 3000 et 1000 ans de nous, celle de juste avant que toute l'humanité fusionne toutes ses populations en une seule.

Pour moi, l'an zéro devrait être celui de l'invention du moteur, de l'ampoule électrique ou du télégraphe, bref, la chose qui a provoqué la dernière révolution industrielle qui, par son ampleur, succède à la précédente, celle de l'invention de l'acier, l'âge du fer. Le zéro devrait être mis sur notre révolution industrielle, celle qui scelle d'une force sans précédent l'unicité de l'humanité sur toute la Terre (et son cortège de catastrophes mondiales associées ...). Disons donc 1850 ou alors 2000 si on préfère Internet. Ce serait un repère d'évolution de civilisation plus tangible que n'importe quel messie dont le monde pratique, celui qui laisse des traces, n'a rien à cirer au bout de quelques siècles, qui ne rime à rien d'un point de vue évolutif strict.

Mais, bon, l'étude du passé lointain ne m'est pas d'une grande utilité au quotidien d'aujourd'hui.

Par contre, j'ai l'intuition que la connaissance de la façon dont les civilisations et les états se sont formés et sont morts peut aider à comprendre les travers politiques d'aujourd'hui, les maladies de civilisation en quelque sorte et, sans doute, d'y trouver des remèdes, des pistes de remèdes, ou au moins de bien identifier quelques risques et leurs points de non-retour, la pathologie des civilisations et de la politique en quelque sorte, avec les éventuelles implications applicables à notre cas actuel et/ou l'anticipation sur des pathologies nouvelles.

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Mimi mato

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Message le Mar 21 Déc - 8:24:17 par Mimi mato

Le bipède sanguinaire a laissé ses premières traces il y a dans les 2 millions d'années.

Par convention, on commence à parler d'hominiens supérieurs à partir du moment où ce singe debout a commencé à maîtriser le feu, l'entretenir dans ses refuges et à donner des sépultures à ses morts.

C'était il y a entre 500 et 300.000 ans, un bail aux limites et aux détails "un peu" flous, donc.

On n'a pas grand chose sur les 200 millénaires qui suivent à part, d'un côté, la certitude de l'individualisation génétique du néanderthal et du cro-magnon (au moins : Il y a assez de temps pour que se créent d'autres espèces dans le genre Homo, à découvrir, par longues isolations de leurs populations, et on en a des signes ici et ici) et, d'un autre côté, celle d'une première glaciation, le Riss, qui s'étage des millénaires 200 à 130 (en gros : plus c'est loin, plus c'est flou) suivie d'une autre, le Würm, du 110e au 10e millénaire de nous. Le Riss se serait ainsi étendu sur 70-100 millénaires, le Würm sur une centaine et l'interglaciaire entre ces deux-là sur une trentaine.

Nos premiers ascendants directs ont surtout connu des ères froides. Donc plus de terres émergées aussi, en particulier la "Béringie", cette gigantesque passerelle qui unifiait l'Alaska à la Russie et qui est noyée aujourd'hui. De fait, les humains des deux espèces sont "enfin" présents sur les 5 continents il y a 100 millénaires, 10.000 ans après le début du Würm.

Ils cohabitent là où ils sont en contact, enfin, les traces montrent qu'il y a des échanges techniques et culturels entre eux, de là à dire que la cohabitation est voulue et toujours pacifique, mollo, surtout quand on voit notre promptitude contemporaine à systématiquement se jeter spontanément et avec dévouement dans les bras de tous nos congénères, façon Attila, Staline, etc., promptitude qui ne nous est certainement pas venue spontanément en 2004 ...

Néanderthal s'est éteint il y a environ 30 millénaires.


(extrait du film AO, le dernier néanderthal)
Les deux groupes génétiques ont donc cohabité pendant quelque chose comme 170 millénaires. On sait à présent que ce groupe éteint était plus robuste, plus cultivé et plus ingénieux que nous au départ et qu'il occupait surtout les régions les plus froides. On ne sait pas aujourd'hui le pourquoi de sa disparition. On sait qu'il existait des hybrides mais rien ne dit encore s'ils étaient féconds. S'agirait-il alors d'une fusion génétique ? C'est une hypothèse parmi d'autres. En tout cas il est certain qu'il y a au moins eu une fusion culturelle.

Il y a 30 millénaires le cro-magnon restait apparemment le seul, au moins pour l'Europe. Il semble être partout un chasseur-cueilleur inventant et utilisant progressivement des outils en pierre de plus en plus précis et sophistiqués : Armes et racloirs en bois et cailloux choisis, puis en pierres taillées, pierres polies, pierres polies et cuivre, etc.
Ceci pendant 20 millénaires, plusieurs centaines après sa maîtrise du feu.

L'agriculture apparaît il y a seulement 10 millénaires, au moment où la dernière glaciation se termine, redoux isolant à nouveau l'Amérique de l'Eurasie à cause de la fonte des glaces, montée des mers, etc.

C'est le début de ce qui est appelé le Néolithique. Tout s'accélère alors en exponentielle à commencer par la sédentarisation, les premiers villages, donc la possibilité de conception et d'utilisation de techniques exigeant d'investir dans du lourd-non-déplaçable, de là une spécialisation plus poussée des individus et des groupes, une structuration plus poussée des communautés.

La fin de la glaciation fait exploser notre évolution, comme, partout et de tout temps, tout adoucissement des conditions climatiques fait exploser la Vie.

10 millénaires, finalement, sur 500 c'est vraiment très peu.

Pourquoi à cette fin de glaciation-ci ? Qu'est-ce qui l'a empêché à la précédente ?

L'interglaciaire Riss-Würm tient au minimum trois fois plus longtemps que celui que nous connaissons en ce moment pour s'arrêter il y a, en très gros, 100 millénaires mais d'une part il semble que nous étions peu nombreux, nomades, avec des continents entiers à découvrir, d'autre part il ne nous était pas nécessaire d'apprendre l'immobilité, au contraire (notre fondamentale soif de nouveau a du s'ancrer profondément en nous dans ces eaux-là), et la mobilité permanente ne favorise ni l'expérimentation statique, ni la logique formelle.

La domestication du chien a commencé à la fin des néanderthaliens, entre 40 et 15 millénaires.
Les abeilles le sont depuis la fin du Würm, 12 millénaires.
Le chat est avec nous depuis au minimum 7 millénaires.
Le cheval depuis environ 5 millénaires, seulement !!
Les premiers parcs à poissons semblent être romains.

Alors, pourquoi ne pas avoir cherché plus tôt à inventer la roue, la luge, le traineau, des trucs comme ça ?
Nous n'avions rien de lourd à transporter ? Nos bébés, nos tentes, notre eau, nos outils ...
On a bien fait les haches, massues, lances, arcs, racloirs en ce temps-là pourtant.
Alors, pourquoi pas un truc qui roule ou au moins qui glisse sur la neige puisqu'on en avait l'utilité ?

Je ne sais pas, je ne vois pas et ça m'agace un peu.


Dernière édition par Mimi mato le Ven 21 Jan - 21:02:57, édité 1 fois

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Message le Mar 21 Déc - 8:25:46 par Mimi mato

Il y a 12 millénaires, seulement, certains d'entre nous domestiquaient leurs premières graines, inventaient le grand jardinage.

Nous étions sur tous les continents mais quasiment sans technologie (par rapport à maintenant, évidemment) et errant en groupes claniques de tailles relativement modestes, comme des meutes de loups ou de hyènes mais qui savaient utiliser des outils, des armes surtout, et le feu mais ne connaissaient ni la roue, ni la voile, ni l'écriture, ni même la corde bien qu'il sache coudre depuis au moins le 200e millénaire (mais l'aiguille en os n'apparaît qu'au 30e).

Nous étions seulement devenus des hardes de super-prédateurs, un peu comme les lions à dents de sabre, les grands ours, les grands fauves et autres concurrents dont nous sommes en train de finir d'éliminer les derniers, hélas pour la survie générale.

Comme tous les super-prédateurs notre survie reposait sur un territoire par personne nécessairement immense et que nous devions parcourir sans cesse pour y trouver nos proies quotidiennes et/ou grappiller fruits et plantes sans risquer de les éradiquer, donc compromettre notre propre survie. Nous étions tous nomades.

Comme tous les super-prédateurs notre survie exigeait que nous restions rares et isolés sous peine d'épuiser les ressources exploitables de notre environnement jusqu'à en mourir, un peu ce qui s'est passé "récemment" à Rapa Nui, l'île de Pâques.

Il y a 10 millénaires seulement la glaciation de Würm se terminait.

Cet évènement a connu des phases par moments très brutales, géologiquement parlant, comme des augmentations de plus de 5°C sur une ou deux décennies seulement, coups de chalumeau engendrant de foudroyantes fontes des glaces avec comme corolaire de spectaculaires reculs des calottes glacières induisant à leur tour d'interminables précipitations monstrueusement cycloniques, diluviennes, couplées à de brusques et "définitives" vastes montées des mers (d'environ 100 m au final). Il est probable que nos originelles et mondiales adoration du soleil et mémoire collective du (de ces) Déluge(s) en soient issues. (cf. l'épopée de Gilgamesh, premier récit épique connu aujourd'hui, écrit il y a 5 millénaires c'est à dire dès l'invention de l'écriture et donc fruit d'une tradition orale antérieure.)

Il y a environ 12 millénaires seulement la dernière grande révolution humaine commençait. Elle se poursuit encore en ce moment, en explosion.

Le réchauffement naturel a permis d'autres explosions : La forêt a conquis les grands espaces découverts par le recul des glaces. La faune a accompagné la flore dans cette explosion et nous étions de la faune.

Cette soudaine abondance de ressources couplée aux tous premiers résultats agricoles, selon la loi du moindre effort, a fortement réduit la surface minimale nécessaire à la survie de l'individu :
  • Il n'était plus nécessaire de courir des dizaines de kilomètres par jour pour subsister efficacement.
  • Il n'était plus vital de rester en petits groupes indépendants très jaloux de leur territoire de chasse.
  • Il devenait possible de se poser pour réfléchir.
  • Il devenait possible de ne plus savoir tout faire tout seul pour survivre et même bien vivre par rapport à avant.
  • Il devenait possible d'échanger régulièrement entre groupes sans les mettre forcément en péril.
Cro-Magnon a ainsi commencé à se sédentariser il y a seulement 12 millénaires environ.
Tout ce qui nous arrive depuis en découle.



Village néolithique reconstitué de Banpo près de Xi'an. By Lanz
Source : Terra Nova - Les origines de la Chine
Entre le 12e et le 7e millénaire tous les continents voient les groupes humains proliférer sur place et développer indépendamment de petites inventions révolutionnaires souvent identiques comme l'agriculture (un proto-jardinage au départ), le bâtiment (du rond au rectangle : invention de l'angle droit), le mobilier lourd, la roue, le tissage, la poterie, le modelage du cuivre, du bronze, la navigation, ...


Source : http://www.toutankharton.com/Evolution-internationale.
NB : Ajouter 2 millénaires sur cette carte : Elle compte à partir de JC.
Les communautés grandissent, se structurent, se dotent de spécialistes et, conséquence incontournable, renforcent ou inventent la hiérarchie, la justice, la politique, puis, après, forcément, l'écriture et par là les premières mathématiques, la comptabilité, la géométrie, l'histoire, la poésie, etc.

Cette fantastique et soudaine révolution dote l'humanité d'une mémoire et d'une connaissance dépassant les capacités individuelles mais se conservant à travers les générations d'une façon bien plus précise et stable qu'avant.

Ces cinq millénaires-là sont un changement d'ère radical, la fin de la Préhistoire, l'entrée dans l'Histoire. C'est un changement de structure sociale où la valeur de l'individu recule devant celle du groupe et ce sur tous les continents à peu près en même temps et en toute étanchéité au départ.

En d'autres termes, en 5000 ans l'humain change le statut de son espèce : De bandes de super-prédateurs il passe à une structure sociale constituée, un peu comme les abeilles ou fourmis comparées aux araignées.

5.000 ans sur quelque chose entre 500 et 300.000, c'est à peu près 1 % du temps total de l'Homo sapiens, quasiment rien.

C'est une évolution à la fois gigantesque et très courte, une révolution.
Cette révolution est si énorme et si soudaine que nous ne l'avons toujours pas métabolisée au sens où beaucoup de nos comportements sont encore trop ancestraux, mal adaptés parce que trop mal respectueux du groupe comme de l'individu et de son milieu pour que le méta-individu, le groupe, la population, le pays, la société, puisse voir sa survie assurée au moins du côté gestion interne :

Nous ne savons pas encore comment vivre en société sans la mettre régulièrement en péril par nos "excès", notre mauvaise adaptation à cet immense, très complexe et très rapide changement.

Nous sommes toujours en pleine révolution psychologique.
C'est difficile, très lent et très risqué pour la survie de l'espèce (et de toute la biosphère vu notre pouvoir sur elle à présent).

Ici commence donc notre pouvoir "divin" et notre problème de fond :

Comment s'adapter à ces changements de façon viable et surtout pérenne ?
Pérenne : Est-ce possible ? Est-ce encore possible ? Pourquoi, comment ?

Que c'est-il réellement passé, en gros, pendant ces 12 derniers petits millénaires d'un point de vue organisation sociale et technique ?

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Message le Mar 21 Déc - 8:26:54 par Mimi mato

De ce que nous en savons aujourd'hui, il y a seulement 7 millénaires (-5000 BC) nous inventions donc l'écriture.

Pour le langage, pré-requis obligatoire, les hominidés savent à peu près parler depuis au moins 2 millions d'années, 2000 millénaires. Le langage articulé avec manipulations de concepts abstraits comme le temps est estimé à environ 50 millénaires "seulement".

Les premières traces écrites connues sont des éléments de comptabilité, de tenue de stock, contrats de location, etc. Elles viennent du pays de Sumer en Mésopotamie. Elles ont un peu moins de 6 millénaires. Elles sont portées sur des tablettes d'argile, c'est pour ça qu'on les a aujourd'hui. Ils savaient certainement compter et écrire avant (en plus, ils venaient d'inventer la poterie : Écrire sur de l'argile est plus pratique que de graver une paroi de pierre ou du marbre mais ce n'est rentable que si ce qui est écrit doit être conservé longtemps, sinon une pièce de tissu, du sable, de la boue, voire une feuille de plante séchée peuvent suffire. On a donc pu savoir écrire avant ces tablettes d'argile.)

Le gros bémol à cette datation est d'une part qu'il y a eu très peu de sondages en Afrique Noire d'où il semble que nous soyons tous issus et d'autre part qu'il n'y en a pas eu non plus - et pour cause - dans ces milliers de kilomètres carrés de plaines et rivages qui ont toujours été à l'écart des calottes glaciaires, donc toujours verdoyants, mais qui sont noyés depuis cette montée du niveau des océans sur 100 m environ, il y a 9-10 millénaires. Il est donc possible que les premières civilisations, les plus anciennes, soient encore à découvrir, que la grande révolution encore en cours dans notre cerveau ait commencé avant la fin du Würm, avant 12 millénaires.

De toute façon, on sait maintenant que l'invention de l'écriture comme celle de l'agriculture n'a pas été synchrone sur tous les continents et, à l'échelle géologique, un ou deux millénaires ne sont pas une différence significative.

Ce dont on dispose aujourd'hui provient du croissant fertile, zone géographique qui recouvre d'un côté le pays des pharaons, le Nil, de l'autre celui des Assyriens et des Hittites entre le Tigre et l'Euphrate et le Jourdain entre les deux. Ces trois groupes culturels sont les plus anciens connus, ils ont commencé à laisser des traces il y a 12 millénaires, 2 avant le grand changement climatique. Il y a donc certainement des traces à découvrir sous le niveau actuel de la mer, loin du rivage.


Source : http://www.orient-ancien-mesopotamie.org/Meso-cartes/les_cartes.htm
Notez la proximité de la mer rouge et la faible altitude des cités d'Obeid et d'Uruk, les plus anciennes.
=> Qu'y a-t-il sous la mer ?
Au départ il s'agissait surtout de très gros villages, certains devenant villes, Uruk et Assur en particulier, Assur dont le fer de lance était ses commerçants qui ont délégué l'administration de la ville à son clergé, au nom du dieu principal Assur, de même nom que la cité. La notion de roi est venue de là : Le roi est le plus grand des prêtres et le chef de l'administration. Il est élu au départ pour l'administration, puis il devient chef de l'administration et des armées tout en conservant son apostolat. D'autres villes-états sont nées "au même moment" dans la région et la compétition entre elles commence très rapidement aussi, Assur n'a pas toujours le dessus.

La Mésopotamie devient une constellation de petits états plus ou moins belliqueux entre eux. Leur fédération conduisant à un grand royaume a lieu, par la force, il y a 4 millénaires en gros, 3800 ans environ, sous le règne de Samsi-Addu mais ce royaume se délitera "très vite" au profit de celui de Babylone : La société cherche sa stabilité, se cherche. Elle ne l'a pas trouvée dès le début ce qui nous vaut de ne pas être une seule population-pays-société-civilisation aujourd'hui, de nous entre-déchirer au détriment de la survie de toute la biosphère.

Les raisons de cet échec tiennent dans notre très fort individualisme et notre mépris de la vie des autres, pour moi : La royauté "de droit divin" n'a pas suffit à lui éviter d'être régulièrement assassiné par ses prétendants et concurrents, pas plus qu'à faire de lui un gestionnaire clairvoyant et visionnaire sachant stabiliser et étendre son royaume sans le fragiliser.

C'est une rançon énorme à la vie en bandes concurrentes et dispersées pour lesquelles le respect des autres groupes était vu comme une menace à la survie de l'espèce, ce qui était cohérent à l'époque puisque l'espace vital minimum exigé par le mode de vie prédateur-nomade était immense. A partir du moment où ces bandes fusionnent en populations denses et gérées centralement, donc dès l'apparition des premières cités-états et jusqu'à aujourd'hui, la situation s'inverse totalement sur ce plan : A court-moyen terme affaiblir ses partenaires affaiblit forcément tout le monde. Ce réflexe de compétition clanique qui s'est maintenu à l'intérieur de grandes populations bien constituées fragilise plus l'ensemble qu'il ne le stabilise mais on n'efface pas comme ça plus de 300 millénaires de notre évolution psychologique, hélas.

C'est aussi une rançon énorme à la spécialisation originelle entre hommes et femmes : Les premiers se sont formés à être des prédateurs-conquérants, les secondes à être les gestionnaires de l'espace conquis mais comme les premiers ont avili et déprécié les secondes il était impossible de stabiliser durablement les territoires conquis, tout empire s'en est déstructuré très facilement.


L'irrespect des "faibles", des subtils, tue la civilisation.
Côté relations humaines, en dehors de l'économique, "ces temps étaient durs" : Esclaves, hommes "libres", nobles et puissants, phallocratie, sentences de mort expéditives, droit de cuissage, nos pires travers étaient la règle - nécessité d'être expéditif, binaire ?? - et pourtant le roi était élu au départ.

L'organisation sociale était finalement assez voisine de celle d'aujourd'hui : Le roi comme chef des armées et du clergé, un clergé chargé de l'administration et ensuite des commerçants, paysans-guerriers, nomades mercenaires. Ce sont bien ces trois forces fondamentales qui tiennent encore la cohérence de toute société humaine au monde : Des chefs de clan, femmes et chasseurs sortent les notions de direction, administration et production sans qu'il y ait eu, depuis certainement des centaines de millénaires, quasiment d'autre évolution que cette généralisation sur environ 10-12 millénaires seulement.

il est donc possible de considérer que l'invention des hommes du croissant fertile est d'avoir fédéré puis virtualisé les bandes, les clans, en les transformant en "cellules" d'un corps méta-humain, en sous-groupes actifs plus ou moins hiérarchisés entre eux dans la société humaine , la physiologie de l'ensemble (régissant leurs interrelations) se nommant "la loi" ou "le code".


Clans cellulaires, société de neurones.
Les trois couleurs les plus utilisées étaient le rouge, le noir et le blanc. On comprend, ce sont les plus voyantes dans un environnement marron et vert. Une symbolique y était associée : Le paysan-commerçant-guerrier est en noir, le clergé en blanc et le roi en rouge. Les trois forces initialement constitutives de la société mises en trois couleurs qui sont encore aujourd'hui sur les drapeaux de la majorité des pays du monde, le blanc pouvant se décliner en jaune, le noir en bleu ou en vert et le rouge en rouge ou violet. Bien sûr il y a eu évolution, les curés de base sont parfois en noir, le haut clergé peut être en violet, le pape en blanc, les policiers en bleu ou en vert foncé, etc., mais la permanence et l'universalité de cette structuration aujourd'hui est saisissante, pratiquement intacte : Roi et noblesse, clergé et tiers état, partout au monde avec quelques variations de style mais à peine. (l'armée est récemment devenue mimétique de son cadre d'opération mais reste en foncé pour ses uniformes de parade, les soldats de base évidemment, on a des officiers supérieurs en blanc).

Les gens d'avant le 7e millénaire ne savaient pas écrire, n'en avaient pas besoin, il est difficile de deviner comment ils en étaient arrivés à créer et maintenir "la haute" dans ces groupes forcément plus petits que leurs successeurs. Le mécanisme pourrait être l'intérêt évident qu'il y avait à courtiser le chef de clan pour améliorer son propre statut, comportement certainement né plusieurs centaines de millénaires avant le Würm, mais pourquoi-comment l'individu a-t-il perdu de vue que si son intérêt s'obtient au détriment du groupe alors il le tue ? Pourquoi était-ce viable, incontournable ? Comment s'en débarrasser aujourd'hui alors que cet endo-parasitisme semble se généraliser sur toute la planète au point de menacer l'espèce et la planète ?

Dernière édition par Mimi mato le Sam 22 Jan - 0:07:58, édité 2 fois

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Message le Mar 21 Déc - 8:27:57 par Mimi mato

Retour à la case départ : Comment en sommes-nous arrivés à ces relations humaines-là ?

Je peux comprendre que le super-prédateur nomade ait une organisation phallocrate au sens où il doit trouver à manger pour tout le monde par la chasse, donc il doit choisir où aller et quand pendant que madame restera en arrière parce que courir derrière une proie pendant des jours n'est pas compatible avec sa grossesse : Pour la survie du groupe il vaut mieux perdre un mâle qu'une femelle.

De là une spécialisation fondamentale, les hommes courant longtemps derrière un objectif ciblé, unique, sur de grandes distances, stratégie, orientation, silence dans l'action, les femmes s'occupant des petits et de la surveillance du bivouac, parole dans l'action, tâches multiples et plus courtes à réaliser. Ensuite cette spécialisation amène naturellement les hommes à être désignés d'office pour les travaux de force, violents, et les femmes à ceux d'endurance et de patience.

C'est sans doute la nécessité d'avoir un coordinateur général réactif pour les grandes chasses qui nous a amenés à inventer le pouvoir, à avoir un seul chef à ce moment là. Ensuite, par manque d'humilité, il y a pris goût et a prolongé son pouvoir après le retour. D'autant plus facile qu'il était le principal responsable des résultats collectifs. De là à faire une caste inférieure de toute la population du bivouac, le pas a du être vite franchi.

C'est vieux, ça date de bien avant le Néolithique.

Maintenant, en cas d'échec son autorité devait pouvoir être sérieusement contestée et ceci mettait à mal la cohésion du groupe et certains en sont sans doute morts au début. Il fallait donc une raison supérieure pour que les autres tolèrent quelques temps des échecs successifs. La réponse a sans doute été dans la religion, en tout cas elle a du être (et est encore) un facteur certain de stabilisation (c'est sans doute pourquoi elles sont toutes toujours autant allergiques au changement aujourd'hui).

D'où vient l'esclavage et ce manque de respect de la vie de ses congénères ?

Les autres super-prédateurs vivant en bandes organisées (lions, loups, babouins, chacals, hyènes, etc.) ne s'entretuent jamais en interne, sauf "par accident", et la mise à mort d'un membre du groupe par les autres est exceptionnelle même si la hiérarchie peut parfois se montrer draconienne, fasciste (babouins). Il peut y avoir des morts en cas d'affrontement inter-clanique, pour la défense du territoire c'est à dire lorsque la survie du groupe est menacée mais c'est "tout", en moyenne.
Le meurtre intra-clanique porté à un tel niveau est une invention strictement humaine, dans l'état actuel de mes connaissances.

Ça date de quand ?

Il semble que la guerre ait fait son apparition il y a au moins 100 millénaires.

Quelle nécessité a pu asseoir la viabilité puis la persistance de tels comportements ?

Pour la guerre c'est évident, la compétition de différents clans pour les mêmes ressources a forcément généré les premiers conflits puis le prestige du guerrier victorieux, par extension-perversion de celui du chasseur victorieux, a poussé à la guerre pour la guerre et l'asservissement des "faibles" a atteint un paroxysme. C'est à partir du prestige du chasseur ramenant de grosses pièces que, côté guerre, l'humanité est partie en vrille. La sédentarisation a accentué l'intensité de la chose.

Mais le meurtre intra-clanique non rituel ?

Certainement pas la surpopulation puisque nous sommes aujourd'hui plus nombreux vivants que ce qu'il y a eu de vivants au moins depuis cette époque : Nous étions un milliard vers 1800 et nous en sommes presque à 7 aujourd'hui. Nos ancêtres sont restés en-dessous du million pour toute la planète pendant des centaines de millénaires, même lorsqu'ils ont appris à parler. La survie d'un individu était bien plus importante pour l'espèce que maintenant, le meurtre était donc une menace pour l'espèce autant que chez les autres super-prédateurs vivant en meutes.

L'anthropophagie a commencé il y a au moins 100 millénaires mais on peut supposer qu'elle devait avoir un fort caractère rituel.

Les premiers témoignages et traces de meurtres dateraient du Paléolithique moyen, entre 10 et 40 millénaires. Rien ne permet de les justifier en dehors de rituels (donc collectifs) ou de guerres (forcément collectives).

Est-ce par la guerre que nous avons oublié le respect de la vie humaine au point d'en arriver à banaliser l'assassinat crapuleux ou bien le crime est-il apparu avant la guerre, ou en même temps ?

Je ne sais pas, ça m'aiderait pourtant bien à comprendre un peu quelles sont les choses qui provoquent ces réflexes à priori si suicidaires pour tous, ces réflexes qui font passer le pito devant la survie du groupe, qui sont la source de toute gabegie et de tout parasitisme social (suivez mon regard), qui nous font perdre le sens social et par là menacent toute population, donc toute l'espèce.

Il est certain que la guerre induit forcément une diminution drastique de la valeur de l'individu mais les rares autres espèces guerrières (fourmis, guêpes, termites) ont mis en place en même temps des comportements les prémunissant contre les crimes gratuits ou crapuleux. Elles s'entretuent parfois en interne, certes, mais jamais, au grand jamais, contre l'intérêt de l'espèce : Liquidation des mâles inutiles après la période de fécondation, des reines de la génération précédente, du couvain en période de disette, ...

Il doit bien y avoir une piste car les autres espèces d'aujourd'hui ne jouent pas à ça. Celles qui s'y sont essayées avant nous, s'il y en a eu, en sont mortes puisque nous sommes les seuls. Si elles ont existé et en sont mortes, il nous est alors capital de trouver comment annihiler ces comportements avant que notre espèce suive le même chemin pour la même raison : Nous y perdons en efficacité, donc en espérance de vie collective, donc espérance de vie tout court.

Posture de soumission stoppant net tout combat chez tous les canidés et grands fauves.
Nous sommes nos propres parasites et prédateurs pendant que tout le reste de la biosphère est déjà et de plus en plus en grand danger à cause de nous.

De plus, comme notre démographie est dantesque, plus de trois naissances par seconde (une de plus par seconde en 30 ans), les comportements autrefois marginaux ont un impact de plus en plus considérable, significatif, un peu comme, pour un individu, la dominance de tares issues d'une trop forte consanguinité. Ils peuvent réellement finir par tuer notre espèce, en plus de l'exponentielle limitation des ressources par individu qu'implique cette explosion démographique.

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Message le Sam 22 Jan - 0:51:36 par Mimi mato

J'aimerai bien savoir si une ou des études ont été menées sur le popotisme, le parasitisme social, et sur la dynamique actuelle de son explosion.

Un exemple ?
En voilà un, au Sénégal.

Mais nous savons tous qu'il est multiforme et mondial, nous en avons tous une multitude d'exemples touchant tous les domaines autour de chacun de nous quand, cher lecteur, tu n'en es pas un superbe exemple toi-même ...

Quelqu'un sait si une étude sérieuse a un jour été menée là-dessus ?

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